Le pour et le contre

La vraie – et peut-être la seule – folie était de croire que l’on pourrait atteindre un jour la solution parfaite.

Trop d’humains ruminaient l’herbe de l’insatisfaction.

 

Ainsi Marie se gardait bien, à chaque déménagement, d’escompter pallier les défauts de son ancienne maison. Même si elle évitait certains inconvénients, elle se heurtait toujours à d’autres malfaçons.

C’est pourquoi elle ne maudissait plus les escaliers du vieux manoir qu’elle louait : une longère de plain-pied l’aurait privée du plaisir d’avoir le nez dans les feuillages.

Il fallait consentir au caractère relatif de toute chose, non pour baisser les bras, ni ressasser l’amertume des rêves désappointés, mais pour tirer plus patiemment parti d’un sort défavorable.

 

Plus on avançait en âge, plus l’espoir de tout contrôler s’avérait illusoire.

La simple histoire de ses lunettes était symptomatique à cet égard. Après en avoir brisé plusieurs paires, Marie s’était résolue à une monture en titane et des verres incassables. Mais ces dernières étaient si légères que lorsqu’elles étaient posées sur la table, un courant d’air les soulevait. Elles glissaient sous un papier ou tombaient sous un meuble, et demeuraient introuvables.

 

Marie savait aussi que si elle prenait sa retraite, elle cesserait d’accumuler les tâches, ce qui allègerait la tension. Mais elle se couperait de tout un monde qu’elle aimait. C’est pourquoi elle tergiversait, méfiante, sachant que quelle que soit sa décision, une partie d’elle serait lésée.

Il fallait faire son deuil de la totalité.

Sur cette ligne de pensée, on voyait que deux avis contraires relevaient parfois d’un même projet de société.

Il était légitime, au nom d’une même écologie, d’encourager ou  de combattre les éoliennes : car si elles limitaient la pollution, elles taillaient aussi en pièces tous les oiseaux du ciel…

 

Le réel était inextricable, dissertait à la radio un responsable politique : soit un ministre jouait son petit démago et augmentait les postes d’enseignement quitte à accroître l’ardoise de nos enfants ; soit il réduisait les effectifs pour maîtriser la dette, et privait alors ces mêmes enfants des filières auxquelles ils avaient droit.

Il n’y avait pas de lumière sans ombre.

 

Créon avait raison d’appliquer la loi contre son neveu qui avait trahi la cité. Et Antigone n’avait pas tort de s’obstiner à enterrer son frère.

 

Se soumettre à cette impossibilité de trancher était l’unique posture tenable – car elle détruisait l’illusion de pouvoir agencer, par sa seule volonté, la solution adéquate.

Antigone prenant soin du corps de Polynice, Jean-Louis Bézard, 1825 © RMN-Grand-Palais

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