Elle s’était arrêtée net, ayant aperçu une tache blanche dans le ciel. Un papillon lancé à l’aveuglette, qui aurait perdu ses antennes. L’insecte avait quitté sa trajectoire : dans un écart violent, il avait exécuté trois tourneboulés avant de se remettre droit.
Surprise, elle était restée immobile à guetter.
Bientôt, elle avait vu poindre un complice, d’un rouge plus cabotin.
Même comportement inexplicable : au début, petit circuit anodin, et vlan, l’insensé partait en dérive latérale. Puis il se renversait d’un coup de rein, et effectuait à la suite trois saltos arrière.
Elle avait retenu son souffle : mais non, après une dernière cabriole, l’avion indifférent avait repris sa course.
Cet automne se prêtait à toutes les audaces.
Pour apaiser ses craintes, elle avait abaissé son regard vers un champ vidé de sa récolte : l’odeur sèche qui flottait lui rappelait les étés de son enfance où, après la moisson, s’élevaient de la terre les senteurs inspirantes de la paille craquante.
Le cliquetis de son vélo avait provoqué un vol d’étourneaux : interposées entre son ombre et le soleil, cent ailes incandescentes avaient mis soudain le feu au ciel.
Elle était intriguée par cette apocalypse ordinaire, offerte par le hasard.
Elle voulait voir, dans ces exercices de voltige, une invitation à décoller de terre.
À suivre l’impulsion aérienne pour se démarquer des parcours sans histoires.
À prendre de la hauteur et foncer
puis se retourner avec une souplesse d’acrobate
pour saisir la promesse inscrite
dans l’aube du soir sauvage.
© Zyanya Citlalli-Unsplash
