Contrepartie

Les parcours malchanceux avaient comme défi de résister aux adversités, de ne pas perdre pied au milieu du naufrage, de parer aux coups d’un sort impitoyable. 

Mais, en butte à des épreuves multiples, ils bénéficiaient, semblait-il, d’une très légère compensation.

Les destinées tragiques n’avaient pas d’autre question à se poser que de faire face à ce qui les brimait. Survivre réclamait d’elles une mobilisation constante,  une bagarre acharnée qui les occupait entièrement. Ne pas sombrer constituait le vrai succès visé.  

Bien sûr, on mesurait la part d’injustice à constater ce que l’on ne pouvait décemment pas prendre pour un avantage, et qu’il était même inconvenant de mentionner. Pourtant, on n’arrivait pas à l’éluder tout à fait…

Car il n’était pas forcément facile, pour d’autres, de voir leur situation matérielle assurée et leur assiette remplie à chaque repas. 

D’être laissées libres face à l’embarras de créer. 

Hésitantes sur un sens ingénieux à se construire. 

Guettées par la tentation de flancher qui serait perçue comme incompréhensible et qui resterait – au contraire des cas moins heureux – sans excuse possible. 

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