Déminage

Elle avait obtenu le délai d’une semaine pour finir son travail. Le sursis provisoire avait déclenché en elle une sorte d’électrochoc qui l’avait fascinée : elle se demandait comment reproduire le mécanisme intérieur qui l’avait soulagée.

Aussi avait-elle décidé de tenter à nouveau l’expérience, en montrant par exemple plus de souplesse face aux horaires d’hiver qui la dérangeaient fortement.  

Au lieu de ressasser la contrariété que ce changement d’habitude lui causait, elle avait examiné pour la première fois l’hypothèse de ne plus être en retard aux rendez-vous qu’on lui fixait (puisqu’une heure de plus lui était attribuée).

Elle s’autorisait à voir des avantages à ce qui lui paraissait jusque-là un scandale. 

 Elle possédait le secret de relativiser grâce à un jeu de trampoline mentale. 

Pour une fois elle jouissait d’une expansion de temps, par le sursis d’une heure inopinée.

Une latitude, oui, c’est ce qu’elle avait gagné. Et tant pis pour l’insomnie qui s’ensuivrait. Elle était déterminée à saisir la part précieuse de ce chambardement.

Il s’agissait d’avancer, même à grands coups de pied où l’on sait.  

Elle se disait qu’une solution pour mieux vivre était dans cette volte-face concertée. Il suffisait de s’en répéter les apports bienfaisants.  

Un choix plus ingénieux consistait à délester le préjudice de sa charge agressive (comme dans son enfance elle cognait sur des pétards ronds qui explosaient en petits claquements).  

Elle se faufilerait entre les rouages géants. 

Finalement elle serait partie prenante d’une humanité à qui il restait la liberté de mesurer elle-même, au bord du précipice, l’ampleur de son désagrément.  

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