Quand un obstacle venait contrecarrer ses plans, elle avait remarqué qu’elle était plus affectée par cette déconvenue qu’elle n’aurait été soulagée si elle avait obtenu ce qu’elle voulait.
De là, elle en avait conclu qu’il ne tenait qu’à elle d’orienter son mental pour mieux considérer les sorties d’embarras.
Elle s’imaginait charger elle-même le bon plateau de la balance, dans une réévaluation constante des effets pernicieux à transmuer en bénéfices courants.
Ainsi, elle s’en voulait de ne pas développer avec l’un de ses voisins plus de compréhension – elle le trouvait petit-bourgeois, occupé de son bien, xénophobe et moqueur.
Mais elle n’était pas sans savoir que pour d’autres, il était l’ami sûr, généreux et loyal. Il ne montrait pas toujours son visage plus flatteur.
Elle se disait que le tri sélectif se cultive avec l’âge, pour faire éclore en chacun ce qui ne se voit pas. Et elle s’incluait dans le programme.
Désormais elle garderait présent à l’esprit – en face d’une critique, au vu d’une petitesse – que plus loin sous cette apparence dormait un aspect moins radin, veillait une largesse.
Il ne tenait qu’à elle – au lieu de céder à la provocation – de dénicher ce filon incertain, de renoncer aux stratégies de réplique qui causaient l’engrenage. Alors le dialogue pourrait accoster sur des berges moins ingrates.
Elle devait sonder ces territoires nouveaux – ne fût-ce qu’au nom d’une sobriété choisie ou d’un simple refus des dépenses superflues (avec l’âge elle cherchait une gestion économe) – pour déchiffrer plus vite, en chaque être, la part de la lumière enfouie.
Progressivement, elle sentait s’affirmer cette nécessité d’éviter l’abcès des rancunes mal loties, et d’œuvrer à une humanité qui n’aurait plus la hargne en dénominateur commun, mais s’ouvrirait à un arbitrage pleinement consenti.
© Fabienne Pomel, Givre
