Deux mots s’étaient progressivement imposés à elle, esquissant la direction à suivre.
Le premier mettait en jeu la représentation.
Le succès dépendait largement du degré d’investissement qu’on y mettait. L’amour, disait Stendhal, était le fruit d’une cristallisation. Même la souffrance dépendait en partie d’une construction mentale : l’image qu’on entretenait de son état influençait sa guérison.
Quant au mot bienveillance, il était le relais nécessaire du précédent. Plus que l’amour du prochain (aimer l’autre comme soi-même risquant, chez les insatisfaits, de ne pas mener loin), la bienveillance, elle, ratissait large.
Sans restriction d’investissement.
Un parti pris de clémence, sans mollesse pour autant.
La bienveillance lançait une passerelle à l’endroit où se charriaient les plus lourds alluvions.
Quand on y regardait de près, elle était avant tout un cadeau à se faire, puisqu’on trouvait soi-même plus de paix à voir autrui sous l’angle de l’indulgence. On interpréterait le dommage qu’il avait infligé comme fruit d’une ignorance ou d’une maladresse inconsciente, plutôt qu’une provocation volontaire.
Toute la vision en serait allégée.
On parviendrait à enjamber l’offense en refusant d’envisager la préméditation dans l’injustice dont on était victime. Grâce à quoi son impact délétère en serait amorti.
Car si on était en butte à une violence verbale, tout dépendait de la fragilité en soi qui était éveillée : ce qui restait, somme toute, affaire de représentation.
